AMANDINE PORTELLI

Des œuvres à protocole, prises de notes et croquis d’observation. De là, elle tend vers un contrepoint abstrait, réduit à son sens le plus élémentaire.
En choisissant de se poser en observatrice, et répondant à des questions sociologiques par des principes formels, une fabrique d’images, Amandine Portelli interroge les systèmes de contrôle que génère la société. La salle d’examen vide de Silence, ses fauteuils alignés et tranches de tables superposées en sont un exemple. Une voix résonne, on pourrait croire qu’elle invente un langage, fredonne, s’écoute, chuinte ou joue sur les modulations de tons. D’apparence rigide et immuable, la salle d’examen devient un espace libre et mentalement « chorégraphié ». Salle statique, pesanteur, chant léger, parasite, et dérive douce. Aristote, dans la Politique dit que la voix comme son (phônê) ne sert qu’à communiquer la joie et la peine chez l’homme et les animaux ; en revanche la voix comme discours (logos), propre à l’homme, sert à exprimer l’utile et le nuisible, le juste et l’injuste. La voix de la chanteuse bruitiste, comme son, ne sert pas de valeur ajoutée à l’espace scolaire, sensitive, elle ponctue la présence fantomatique des élèves que l’on imagine égrenés dans ces fauteuils, plus ou moins investis dans une concentration imposée. L’existence de ce chant, du point de vue de celui qui surveille ou qui transmet injecte une perte de contrôle dans l’espace, et nous permet de monter en fiction, de nous mettre en état de veille […]
extrait du texte de Sandra Doublet
AMANDINE PORTELLI SILENCE

crédits : Amandine Portelli, Silence !, 2015

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