CHIMENE DENNEULIN

Des palmiers, un jeune homme tatoué, une fille voilée, une vieille Subaru, un container, un mur de béton, une rue boueuse ; de Mexico, Bamako, Pékin à San Francisco, Ramallah ou Hébron, Chimène Denneulin arpente le monde, pour en saisir, par le médium photographique, la globalité, à travers la diversité des stigmates de la mondialisation et des références culturelles communes. Portraits d’adolescents, objets et paysages urbains se confrontent dans le dialogue frontal d’une ville-monde, métisse et universelle. Plus abstraits que métaphoriques, les portraits des adolescents dont l’artiste a fait un sujet de prédilection artistique, deviennent ici les icônes mêmes du monde, tels des « soleils de la conscience »* révélateurs d’identités qui s’échappent du carcan vernaculaire, dans un processus inéluctable qui rapproche les humanités multiples, de façon vertigineuse, les unes vers les autres. Un point de vue potentiellement documentaire qui s’empare d’une plasticité a contrario du réalisme photographique cher aux reportages socio-ethnologiques. Détourages sauvages sous Photoshop, addition graphique de fonds monochromes de couleurs ostensibles accolés aux images ou sur lesquels viennent vivement se détacher les silhouettes, les usages numériques contemporains et les techniques de communication visuelle donnent une dimension plastique hétéroclite et brute qui confère à ses montages photographiques un statut proche de celui de l’objet-livre. Etendues, dépliées, les pages de Chimène Denneulin déploient une matière-monde chaotique, provisoire et inattendue.
Mai Tran Cahier spécial 303 – Projets d’artistes en Pays de la Loire, 2011
*Edouard Glissant, Soleil de la conscience, 1956, Poétique I, Paris, Gallimard, rééd. 1997.
chimene denneulin

crédits: Chimène Denneulin, 2015

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