YANN THOREAU

La première chose qui frappe le regard de celui qui découvre l’œuvre de Yann Thoreau, qu’il soit peint ou dessiné, est cette qualité de proximité à laquelle il l’oblige. Non seulement du fait de l’intérêt que l’artiste accorde au petit, voire au très petit format – d’autant que les peintures se déclinent volontiers sur des étendues bien plus vastes – mais surtout à cause de cette sorte de précisionnisme avec lequel il opère. Aucun soin hyperréaliste cependant ne l’anime. Il y va bien plus d’un travail sur le temps et de son corollaire qui est de parvenir à dire une présence. En effet, la démarche de Yann Thoreau ne relève pas de l’unique mimesis mais de quelque chose de beaucoup plus subtil qui émane de l’usage que fait l’artiste de la matière dans sa potentialité à incarner une figure.
Ce qui retient encore le regard n’est pas la diversité de l’iconographie dont est fait son œuvre multipliant les images de corps mais ce trouble d’espace et de temps qui les instruit.
À première vue, on pourrait prendre ses dessins et ses peintures pour des œuvres anciennes, mais le regard qui s’y attarde y décèle maints indices de la plus parfaite contemporanéité.
Ses œuvres sont  fortes d’une présence duelle : celle d’une teneur universelle qui acte un être au monde générique et fait sens par l’évidence du signe dont elle est le vecteur ; celle d’une mesure toute relative qui souligne le caractère de fragilité de toute représentation figurée, d’autant plus lorsqu’il s’agit de corps.
Mine de plomb, aquarelle, tempera, au travail Yann Thoreau fait preuve d’une très grande maîtrise technique. Ce qui compte chez lui ne réside pourtant pas dans la prouesse d’un savoir-faire mais dans la corrélation la plus juste possible entre motivation et motif, entre la mise en jeu d’une pratique et l’objectif à atteindre. Pour beaucoup, la réussite de l’artiste tient à sa façon de cadrer les images qu’il réalise les engageant sans aucun préalable et les laissant en décider elles-mêmes au fur et à mesure de leur exécution. Le résultat est que ses images tiennent l’espace dans une relation équilibrée et accomplie. La preuve en est qu’elles supportent aisément toute modification d’échelle.

extrait du texte de Philippe Piguet, Yann Thoreau, Eloge de l’incarnation.

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crédits : Yann Thoreau, ,autoportraits,2004